Il était une fois, Eben Entertainment. [Chronique]

Il était une fois, Eben Entertainment. [Chronique]

Au début des années 2000, nombre de groupe ayant marqué le rap gabonais dans les années 80-90, commencent à s’essouffler voire disparaître. Alors que le rap game 241 est dans un état quasi-végétatif, celui-ci allait vivre ce qui, jusqu’aujourd’hui, est considérée comme LA révolution du hip-hop gabonais.

Un OVNI débarque !

Hay’oeMovaizhaleineSiya Possi’X et Raboon étaient les groupes phares du rap gabonais dans les années 80-90, c’étaient des monuments de la scène gabonaise qui déchainaient les passions à chaque morceau, apparition et concerts. Or il se trouve qu’au début des années 2000 ces groupes commencèrent à s’essouffler, les apparitions se firent plus rares et d’autres finirent par totalement disparaître. Les fins de ces groupes ont toutes des raisons différentes que ce soient des divergences, des raisons scolaires, etc…

Alors que l’on pensait le rap gabonais condamné à mourir d’une mort lente, voici que débarque en 2004, Eben Entertainment. On ne sait pas d’où débarque ce groupe, qui est à sa tête mais son casting est à rêver. En effet, ce dernier est composé de : Ba’ponga (ex-Raboon), Kenneth et Spyke (qui formaient le groupe Secta’a), Masta Kudi et enfin la voix féminine du groupe Cherokee.

Le groupe se fait connaître en 2004 avec son morceau « L’hymne », qui a été plébiscité par tout le public gabonais. A l’époque Eben, qui n’était pas encore vu comme un label, attise la curiosité de tous. Qui est derrière ledit groupe ? Où veut-il aller ?  Et bien d’autres questions.

Avec « L’hymne », le train Eben est sur les rails et démarre tranquillement.

Que l’Histoire commence !

Afin de marquer encore plus sa présence dans l’esprit du public, Eben Entertainment offre une totale liberté à ses membres. Ces derniers sortent régulièrement des morceaux en solo ou avec d’autres membres du groupe le tout sous la bannière du label. A chaque début de clip on peut voir apparaître le logo de la maison.

Eben Family (nom que le groupe s’est donné), avec « L’hymne » frappa fort mais devait maintenir sa présence dans l’esprit de son public. Toute l’année 2005, Le label continuera donc dans cette logique, les artistes du label sortent des morceaux de très bonnes factures comme « Fais moi bouger » de Masta Kudi et Cherokee« Ce soir Eben vient jouer » de Ba’ponga dont le clip montre tous les poulains du label, « Mani Mani » ou encore « La suite ».

D’ailleurs on remarque les absences ou du moins les départs de KennethSpyke et Cherokee qui n’apparaitront plus dans les clips. Dans « Ce soir Eben vient jouer », de nouvelles têtes font leur apparition et on en vous en parlera plus tard.

L’année 2005 marquera un grand tournant dans l’histoire du label voire du rap gabonais…

« Tout le monde les mains en l’air ! On prône l’amour et la paix même en temps de guerre ! »

Le passage vers une nouvelle ère

L’année 2005 marquera le tournant de l’histoire du tout jeune label Eben Entertainment et probablement l’histoire du rap gabonais. En effet, un jeune rappeur inconnu va changer la face du rap gabonais à jamais, je cite Black Kôba désormais connu en tant que Kôba Building. La pépite est dénichée par Bapon’ga n’est pas vraiment un inconnu si l’on remonte quelques années plus tôt. Deux ou trois ans plus tôt, avant EbenBapon’ga sort un morceau intitulé « Les choses de Francky » dans lequel figure déjà Kôba.

Kôba en 2005

Le jeune prodige débarque très fort avec son mythique titre « Qui Veut » dans lequel il n’a pas peur de dire que personne ne peut le « test », qu’il est le meilleur rappeur gabonais et que son label, son équipe sont les meilleurs. Voilà qui est dit…

En dehors de Kôba, Eben Entertainment introduit de nouveaux artistes comme Latchow et Styve qui formeront La FuenteK-Prime qui marquera les esprits avec son morceau « Dance Party » et quelques temps plus tard Nephtali tout juste vainqueur du Street Fighter (concours de rap), qui sortira « Hit Maker », « Interdit de stationner ». Chez Eben tous les artistes auront leurs moments de gloire.

Toujours en 2005, le label frappe (encore une fois) fort sur la scène des Kora Music Award lors desquels Kôba se verra être vainqueur du titre de meilleur rappeur d’Afrique, rien que ça ! Après le Gabon, Eben va à la conquête de l’Afrique.

L’Afrique sera désormais la nouvelle quête du label avec pléthores de clip en Afrique du Sud, Ghana, Sénégal, etc… A ces occasions les artistes ont l’occasion de faire leurs promos sur les radios locales afin de mieux se faire connaître du public. A ce petit jeu Bapon’ga s’en sort super bien car en 2006 et 2008, sortiront ses albums « L’animal » et « Karnivor » qui bénéficieront, tous les deux, d’une superbe promo au Gabon et à l’international. Le label Eben Entertainment est désormais connu à l’étranger, est une belle vitrine du hip-hop gabonais et tout se passe pour le mieux. D’ailleurs au niveau national, le label organise chaque année un Eben Show, concert où tous les membres du groupe enchaînent les prestations et présentent quelques fois des titres exclusifs pour le plus grand bonheur de son public et des médias. Il est important de rappeler qu’à cette période le rap gabonais dans son ensemble se porte beaucoup mieux, d’autres labels voient le jour, de nouveaux talent sont découverts et les médias sont servis en terme de qualité. On ne peut pas forcément parler « d’effet Eben » mais les années 2005 à 2009 sont une période propice au rap gabonais.

Durant cette même période on a eu droit au clash entre Kôba et Shad’m qui aura fait parler de lui. Shad’m, le nouveau poulain Dangher, ancien manager-boss de Raboon (oui Raboon dont Ba’ponga était membre !) attaque d’emblée avec « Black Boa » (jeu de mots entre le Black Kôba et le mot boa qui désigne une personne nulle dans son domaine). Il n’en fallait pas moins à Kôba pour dégainer l’un des meilleurs, voire le meilleur pour certains, diss tracks de l’Histoire du rap gabonais : « Le Kriminel au mic ». Le public et les médias étaient pour la plupart unanimes, Kôba avait enterré Shad’m et ce dernier ne pouvait pas répondre à tant de brutalité. Punchline, rimes, texte, flow tout y était, Kôba montrait qu’il sait se défendre en cas d’attaque.

« Y a que le ciel qui peut contrecarrer ma dream team ! »

Les sommets…

Dans la planète Eben tout se passe très bien, en 2006 le label et son groupe sont déjà une référence pour tout le monde mais ils ne semblaient pas s’en arrêter là. Ba’ponga dévoile son album « L’animal »Kôba sort « Le Kriminel » et La Fuente, qui est devenu une référence du R’n’b gabonais dévoile « La Fuente ». Le game gabonais est fortement imprégné par la présence du label. Comme une impression que cela ne suffisait pas, le label décide de mettre les petits plats dans les grands avec un clip énorme…

L’album « Le Kriminel » de Kôba est une franche réussite, le plébiscite est total tant chez les médias et le public. Ndong Ronny, de son vrai nom, est la coqueluche du rap gabonais et la tête d’affiche du label. L’album abordait tous les sujets qu’un album puisse avoir : egotrip, chansons personnelles, introspection, etc… Un classique de l’Histoire. L’album comprend le titre « Tu n’as rien compris » (feat. Ba’ponga Deelay) qui passait absolument partout, radios nationales et internationales, boîtes de nuit, bar, etc… Kôba et son label décidèrent de marquer le coup, de frapper (encore et toujours) les esprits avec ce qui est encore considéré par beaucoup comme le meilleur clip jamais sorti au Gabon.

Dans un soucis d’être le plus proche possible de ce qui se fait aux USA, le clip a été pensé pour être le plus bling-bling possible (jet privé, bateau, boîte de nuit, voitures de luxe). Certains sauront même encore en mesure de vous dire où ils étaient quand ils ont vu le clip pour la première fois, c’est vous dire à quel point c’était une claque ! Voyez le par vous-mêmes. Rappelons que nous sommes en 2006 ! Ce clip permit à Kôba d’être le premier si ce n’est le premier gabonais à passer sur Trace TV.

A côté de la tempête Kôba, les autre membres ne sont pas en reste. Les albums de Ba’ponga et La Fuente sont, eux aussi, bien reçus par tout le monde. Eux aussi ont droit à de superbes clips, des promotions de dingue, des showcases, des concerts, etc… Le moins que l’on puisse dire c’est que personne ne se sent lésé.

Comme à son habitude, le label se doit de montrer sa puissance artistique. Eben a la particularité d’avoir plusieurs talents qui ne se marchent pas sur les pieds. Ils sont tous complémentaires tout en étant différents et ceci a été la force du groupe. Les titres « Question de feeling » de La Fuente et « Laché » de Eben Family en sont les preuves surtout pour ce dernier. « Laché » regroupe la plupart des membres du label, KôbaLatchowBa’ponga et Masta Kudi. Le titre se démarque par sa fluidité, son rythme, la qualité des transitions, le texte et le flow et surtout ce couplet de K-Prime !

…puis le début de la fin

Comme le dit si bien le dicton, toutes les belles choses ont une fin. A partir de 2008 le label commence à s’essouffler malgré de bons albums comme « Le Karnivor » de Ba’ponga (2008) et « Les Fables de La Fuente » de La Fuente (2009) et de nouvelles arrivées comme celle de Blaaz, gros rappeur béninois du moment interprète du tube « Alerte rouge ». Malgré tout ça on sent une certaine fin de cycle chez Eben, les morceaux ne sont plus aussi tranchants, les clips moins présents et ce malgré le bon « Check Check » de Kôba. Des rumeurs évoquent des troubles en interne qui auraient conduit au départ de K-Prime, on perd de vue Masta Kudi et Nephtali. A cette époque, les réseaux sociaux ne sont pas encore monnaie courante comme aujourd’hui du coup on ne dispose d’aucune information si ce n’est que des rumeurs. Vers 2009-2010 on perd totalement de vue Kôba, oui la tête d’affiche du label. Des singles estampillés Eben sortent mais n’attirent plus du tout.

L’enchainement de tous ses faits, constats et événements conduit à la disparition du (très) grand label Eben Entertainment. Les membres quittent peu à peu le navire, s’en allant vers des carrières solo ou en indépendants. Cette mort est toutefois non-officielle, ce qui laisserait une once d’espoir pour les plus fans du groupe.

Et maintenant ?

Il est clairement évident qu’Eben Entertainment aura marqué le rap voire la musique gabonaise dans son ensemble. De l’organisation à la musique en passant par l’impact financier, le label aura su être un rouleau-compresseur mais aussi un exemple pour d’autres et le futur. Le label nous a fait sortir des légendes, livré de beaux clips, de grosses performances, a su faire rayonner le hip-hop 241 à l’international et c’est tout ce qu’on retiendra. Indirectement il aura permis à d’autres artistes de se lancer, se faire connaître et lancer leurs carrières. L’impact qu’aura eu ce label est donc difficilement mesurable.

Aujourd’hui le label tente de renaître de ses cendres avec la chanteuse Mihney et le retour de Nephtali. On ne sait pas encore où cette nouvelle aventure mènera le label mais une chose est sûre atteindre les sommets qu’il côtoyé avant sera très difficile voire impossible. Attendons tout de même de voir comment va évoluer le « nouveau Eben« .

Trop haut trop tôt ?

Pour finir une question qui nous taraude chez Bwelitribe : est-ce que Eben a mené le rap gabonais trop haut trop tôt ? Rappelons qu’à l’époque les réseaux sociaux n’étaient pas aussi répandus qu’ils le sont de nos jours. Aujourd’hui, Internet est un outil majeur pour la collaboration entre deux artistes de deux pays éloignés. Les communications étant plus faciles, les connexions se font plus rapidement et mieux qu’avant, on a pu le constater récemment avec NG Bling qui a pu travailler avec Kaakie ou encore Tina et Queen Fumi. Et vous qu’en pensez-vous ?

Commentaire:1

  • Rohd RC

    Répondre 17 juin 2019 12 h 35 min

    Bonjour,
    Merci pour ce bel hommage rendu au prestigieux label Eben Entertainment. Ce fut une fierté de les suivre et on aurait aimé les voir évoluer encore longtemps. Mais bon, un projet peut être beau mais si on n’a pas les mêmes motivations et si nos centres d’interêt s’effritent, alors tôt ou tard, la séparation est inévitable. Toutefois, merci aux artistes qui ont essayé de sauver le label jusqu’au bout, notamment Kôba, Blaaz, Nephtali.

    Maintenant, même si c’est quasiment impossible de retrouver sa gloire passée et de susciter cette même passion chez les fans, on espère néanmoins que ce nouveau Eben pourra surmonter cette crise et essayer de revaloriser le label. Les fans sont toujours présents. Ils attendent juste de voir des efforts de votre part pour se manifester. Eh oui, Eben c’était trop haut, trop tôt, dans un pays où la médiatisation et la promotion des artistes n’étaient Pas du tout en plein essor.

    Cordialement,
    Rohd RC

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